Mohamed Aouragh

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KHADIJA*

Sur la place du marché
Des ouvriers attroupés
Espèrent décrocher
Un emploi à la journée
De tous les quartiers
Tous les corps de métier
A deux pas un peu plus loin
Les femmes dans un coin
Employées de ménage
Sont de tous les âges…

La plus jeune est là
C’est la belle Khadija
Ce matin elle a laissé
Confiante et apaisée
Ses enfants jumeaux
A sa voisine du haut
Khadija appréhende
La peur au ventre
Sa première rencontre…

Khadija la répudiée
La divorcée l’humiliée
Battue violentée
Jugée pestiférée
Harcelée au quotidien
Par les gens et les siens
Éprouvée et sans répit
De jour comme de nuit
Espère refaire sa vie
Dénicher un bon mari…

Comme le premier jour
Inquiète le cœur lourd
Quand cet homme élégant
Poli distingué et avenant
L’accosta pour l’employer
Le temps d’une journée
Dans sa villa huppée
Sa femme ses enfants
Sa mère ses beaux parents
Rentrent de vacances demain
Arrivant d’un pays lointain…

La porte à peine fermée
L’homme élégant tourne la clé
Son attitude a changé
Dans son regard Khadija a su lire
Mais elle ne l’a pas vu venir
L’employeur poli distingué
Contre le mur l’a plaquée
Sa Djellaba déchirée
Elle l’a repoussé
Se débattant luttant
Le suppliant l’implorant
Comme réponse la giflant
Lui rappelant son ex mari violent
Autoritaire sadique et méchant…

Ce premier jour d’espérance
Khadija pleure toute sa souffrance
Sa haine sa révolte et sa rage
Accomplissant son ménage
L’homme élégant après son crime
Hurlant et houspillant sa victime
Invectives et récriminations
Puis vacant à ses préoccupations…

Khadija marquée de fer
Pour un salaire de misère
Courir quêter et trimer
Meurtrie et brisée
Chaque jour dès le levé
Et son lot de peines infligé…

Comme ce maudit jour
Dans son quartier de retour
Dans son bidonville isolé
Choquée Khadija à trouvé
Sa gentille voisine handicapée
Qui gardait ses enfants la journée
Depuis longtemps utilisait ces derniers
Dans la rue pour la mendicité…

Âpre et infernale vie
Khadija n’a pas fini
D’être surprise et affligée
De se sentir abandonnée
La misère et le désespoir
Dans ce monde si noir
Dans ce bidonville sans foi
Ou certains imposent leurs lois…

Khadija chasse ses cauchemars
En sursaut elle est réveillée tard
Par l’appel à la prière
Et les cris et les pierres
Qu’un enfant a lancés
Chahut de jeunes excités
Une horde de badauds
De pieux et de faux dévots
Se précipitent à l’entrée
De la grande mosquée
Ils se bousculent
Ils se piétinent
Pour s’installer et occuper
Les premières rangées…

La clémente fraicheur est arrivée
La nuit opaque a pourchassé
Les dernières fines clartés
La ville ogresse met sa robe de soirée
A l’approche des vacances d’été
Relâchement allégresse et gaieté
Les familles sortent se promener
Boulevards et places arpentés
Jardins publiques occupés
Ce jour là révoltée et attristée
Khadija n’a rien gagné
Elle est rentrée
Le cœur serré…

KHADIJA* : des milliers de KHADIJA au Maroc sont victimes de violences, de maltraitances, répudiées, divorcées avec des enfants en bas âges, récupérées par leur famille, ou vivant seules…
Des personnes connues ou inconnues prennent ce combat à bras le corps.

Des associations aidées d’ONG s’occupent de ces femmes dont certaines avec enfants livrées à elles même, dans le dénuement total…
Un clin d’œil à Aïcha Ech-Channa
http://fr-fr.facebook.com/pages/Aicha-Ech-Chenna/66025058464

Et un grand hommage à Assia El Ouadie décédée dernièrement à l’âge de 63 ans
http://www.telquel-online.com/Actualite/Maroc/Disparition-Adieu-Mama-Assia/544

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