Mohamed Aouragh

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AHOULI*

Ahouli village minier
Ahouli mouton sacrifié
Ahouli lutte ouvrière
Foyer de base arrière
Une conscience à taire
Plus rien à faire
Fermeture imminente voulue
Des milliers de familles à la rue…

Restent tes gorges fascinantes
Splendides impressionnantes
Collier de mille lauriers
Serpente ta rivière déchainée
Tes immenses peupliers
Tes gracieux saules pleureurs
Tes cabanes en lauzes perchées
Premiers logis des mineurs…

Ahouli témoin des HOMMES
Ahouli à ce jour village fantôme
Seuls la Moulouya* ses murmures chantés
La présence des gardiens et bergers
Des chèvres et moutons qui broutaient
Chevrotements et échos des failles
Brisent ce silence de rocailles…

Ahouli pèlerinage mémoire
Saisissant angoissant à voir
Décor pétrifiant délaissé au vent
Vision poignante glaçant le sang
Jaillissent les larmes du tréfonds
Des amas de terrils
Devant les tunnels
Des wagons figés sur des rails
De la laverie ne reste que ferraille
Des maisons béantes abandonnées
Aux portes silencieuses blindées
Aux balcons fleuris jadis habitées
Vie animée heureux passé…

Moments de félicité
De fêtes de solidarité
Moments de souffrances
De rage de désespérance
Entre les coups mortels de grisou
Et les crues dévastatrices
De la Moulouya en colère…

Anjil* n’échappe pas
A cette hécatombe là
Ce village connu
Désormais méconnu
A vu vivre grandir
Tant de familles
A vu naître courir
Tant d’enfants
Une seule communauté
Souvenirs des soirs d’été
Rencontres de la cité
Sous la douce fraîcheur
Moments de bonheur
Passés dans ce lieu élevé
Tellement perché
Si près des étoiles
Qu’on croyait parfois
Les toucher les attraper
De la falaise abrupte
La mine en contrebas
Apparaissait illuminée
En pleine activité…

Des images du lointain passé
Dans la mine pour travailler
Nos parents sont arrivés
De leurs villages éloignés
De l’espoir au fond du regard
Pieds nus pour la plupart
Mains vides ventre creux
Ils étaient chanceux
On vivait heureux…

Souvenirs d’enfance
Parfumés d’insouciance
Village de la mine assiégé
Par la montagne les galeries
La Moulouya et B-séjour le quartier
Notre espace de jeux limité
On avait de l’imagination
La tête débordante d’inventions
Avec des jouets fabriqués
On s’amusait enchantés…

De l’autre côté du chemin
Les petits veinards européens
Nous scrutaient de loin
Ils aimeraient bien
Nous rejoindre créer des liens
On souhaitait regarder
On rêvait toucher
Leurs nombreux jouets
Que ce fameux papa Noël
Leur offrait chaque année
En passant par la cheminée
Inconcevable pensée…

En période d’été
De l’autre côté
De la piscine protégée
Grillagée barricadée
On restait accroché
À regarder s’amuser nager
Les européens et les privilégiés
On voudrait bien plonger
Dans cette eau limpide
Mais dès qu’on chahutait
Ou bien se bousculait
Apparaissait toujours un sbire
Qui nous faisait déguerpir…

Images du passé
Les samedis soir animés
De l’autre côté de la Moulouya
Pas le droit d’y aller là bas
Au quartier des européens
La fête battait son plein
Dans le Cercle des amis
De ce côté on restait aligné
Le regard émerveillé
Le souffle coupé
Silencieux hébété
À écouter cette musique saccadée
Derrière les vitres éclairées
On les voyait danser…

Passé poignant
Un souffle terrifiant
La sirène retentit
Instant de folie
Moment d’hystérie
Les gens accouraient
Vers l’entrée de la galerie écroulée
Des membres de la famille piégés
Un groupe de mineurs traumatisés
S’extirpaient des amas de pierres
Exténués couvert de poussière
Bassou Akaâ Hadou Ali
L’éboulement les a ensevelis…

Passé de lutte d’énergies
De ténacité de solidarité
Chaque premier mai fêté
C’était la grande union
Des habitants de la région
Leur communion sacrée
Avec les mineurs et leur défilé
Dans les rues de Midelt ensoleillé
Slogans manifestations
Pancartes revendications
Sur la place des résistants
Le discours du syndic représentant
Ovations youyous applaudissements…

Les mineurs miraculés aujourd’hui
Des mines de Mibladen-Ahouli
Ne touchent que pensions de misère
Et comme prime la silicose assassine…

Les enfants des mineurs damnés
Restent toujours esclaves des galeries
Chaque jour au risque de leur vie
Continuent de creuser
Dans l’espoir de trouver
De précieux minéraux ou bien tomber
Un jour sur la perle souhaitée
Que d’intermédiaires négociants futés
Vendent en bourse ou à l’étranger
Garnissant leurs comptes
Sans remords ni honte
Édifiant leurs projets
Dans de lointaines contrées
Distant de leur région délaissée…

D’autres ont dépouillé bradé
Le reste de la mine abandonnée
Mémoire collective saccagée
Ce haut lieu de résistance
Et lutte pour l’indépendance
Patrimoine pillé décimé
Indifférence et complicité
Des responsables et autorités.

Juillet 1990

A la mémoire des mineurs d’Ahouli-Mibladen-Zaïda et leurs familles
AHOULI* : mine qui employait 2000 ouvriers avant l’arrêt définitif en 1975
Moulouya* : rivière qui traverse la mine
Anjil* : village d’habitation des mineurs

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4 commentaires

  1. DEBRAY dit :

    Trés beau ! plein de véritées !
    Alain  » I.Z.M. »

  2. Youssef. B dit :

    Village présenté tel quel était… Les lieux évoqués avec minutie et objectivité .Poème exprime fidèlement la réalité et la vérité . Merci ami. Youssef

  3. Youssef .B dit :

    Poème exprime fidèlement la réalité et la vérité. Les lieux sont évoqués avec minutie et objectivité
    YOUSSEF .B

  4. saida madani dit :

    Bonjour ,
    Premier poème a vous, recommande par mon cousin youssef .heureusement qui a des gens comme vous qui raconte l histoire d ahouli et mibladen si non l histoire sera dans les oubliettes.

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